Trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) : quand l’arrivée des règles rime avec dépression

Trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) : quand l’arrivée des règles rime avec dépression

Le syndrome prémenstruel, ou SPM, touche 1 femme sur 3. Pour la plupart, c’est une phase désagréable à passer, ponctuée de crampes au ventre, de seins douloureux et d’un moral dans les chaussettes… Mais pour d’autres, cette période est synonyme d’angoisse, de grande tristesse et de remise en question. Les patientes atteintes du trouble dysphorique prémenstruel traversent une réelle dépression qui perturbe la vie sociale et fait redouter l’arrivée des règles tous les mois. Des traitements permettent d’alléger les symptômes au quotidien, mais comme la maladie reste peu connue, le diagnostic est souvent difficile à établir.

Qu’est-ce que le trouble dysphorique prémenstruel ?

Le trouble dysphorique prémenstruel, ou TDPM, est une forme de syndrome prémenstruel aggravé. Il se manifeste par une dépression passagère, qui survient après la période d’ovulation et se termine à l’arrivée des règles.  Les symptômes sont parfois physiques, mais surtout psychologiques : sensibilité accrue, humeur dépressive, anxiété… Le TDPM est reconnu comme un trouble mental par la médecine depuis 2013.

Des recherches menées sur les femmes atteintes de TDPM ont montré que cette maladie n’a pas une origine hormonale, comme c’est le cas pour l’endométriose ou le SOPK. Mais ces patientes ont pour point commun une carence en sérotonine : il s’agit d’une molécule produite par le système nerveux pour réguler l’humeur, aussi appelée « hormone du bonheur ». C’est ce qui expliquerait cette vague d’émotions et l’impression de ne pas pouvoir les contrôler.

Le diagnostic reste cependant difficile car le trouble dysphorique prémenstruel est peu connu par le corps médical. Il peut aussi être confondu avec le célèbre syndrome prémenstruel.

Quelle est la différence entre SPM et TDPM ?

Certains symptômes du TDPM ressemblent beaucoup à ceux que vivent la plupart des femmes avant leurs règles : fatigue, variations d’humeurs, douleurs aux seins, prise de poids… Mais il entraine aussi une dépression sévère, un désintérêt total pour les activités de la vie quotidienne ou encore des troubles alimentaires.

- Le TDPM est donc beaucoup plus marqué que le syndrome prémenstruel.

- Cette pathologie concerne 3 à 8 % des femmes en âge de procréer, soit beaucoup moins que le SPM.

- Le trouble dysphorique prémenstruel survient toujours pendant la phase lutéale (après l’ovulation) et disparaît comme par magie avec l’arrivée des règles ou quelques jours après. À la différence du SPM, il n’a aucun effet sur les autres phases du cycle.

Comment diagnostiquer un trouble dysphorique prémenstruel ?

Pour établir le diagnostic d’un TDPM, les professionnels de santé recommandent aux patientes de noter leurs symptômes et leurs changements d’humeurs. Cet exercice peut être réalisé sur un simple calendrier ou à l'aide d'une application de symptothermie.

Le diagnostic est posé lorsque 4 critères sont respectés :

- Ce suivi est réalisé sur au moins 2 cycles consécutifs.

- Les symptômes s’arrêtent pendant une semaine minimum, généralement après les règles : au cours de cette période, la patiente se sent bien, à la fois physiquement et psychologiquement.

« L’alternance d’une période dépressive avant les règles et d’une période dite normale après les règles constitue l’élément le plus probant » d’après le Dr Odile Bagot, gynécologue-obstétricienne.

- L’humeur dépressive interfère avec les habitudes du quotidien : travail, activités scolaires, contact avec les autres. Par exemple, la personne touchée par un TDPM évite les relations sociales ou a de grandes difficultés à se concentrer.

- La patiente présente 5 symptômes ou plus parmi la liste suivante :

  • sautes d’humeur
  • irritabilité
  • anxiété ou nervosité
  • hyperémotivité
  • sentiment dépressif ou de désespoir
  • diminution de l’intérêt pour les activités de la vie quotidienne
  • manque d’énergie et fatigue inexpliquée
  • modification de l’appétit
  • troubles du sommeil
  • perte de contrôle
  • symptômes physiques : maux de tête, douleurs à la poitrine, ventre gonflé…

Existe-t-il un traitement pour soigner le TDPM ?

À l’heure actuelle, on ne peut pas guérir totalement d’un trouble dysphorique prémenstruel. Mais certains traitements permettent de soulager les symptômes et de limiter les conséquences sur la vie sociale. Parfois, les symptômes disparaissent même pendant plusieurs années.

Mode de vie et alimentation

Au niveau du régime alimentaire, les professionnels de santé recommandent la diminution des sucres, du sel, de la caféine et de l’alcool. Au contraire, l’augmentation des protéines et des glucides complexes a des effets positifs sur les symptômes du TDPM, selon une étude américaine. Des suppléments en vitamine B6 et calcium peuvent aider à limiter la rétention d’eau et les douleurs abdominales. Enfin, le magnésium a des bienfaits contre les symptômes d’angoisse et d’anxiété.

Cette approche naturelle peut être complétée par la pratique d’une activité physique régulière. L'objectif est de réduire le stress et de booster la sécrétion de sérotonine.

Thérapie comportementale

Sur le plan psychologique, on peut observer une amélioration rapide des symptômes grâce à un suivi adapté. Une thérapie cognitive comportementale, dite TCC, est souvent proposée en complément des modifications apportées à l’hygiène de vie. En traitant les symptômes du TDPM comme ceux d’une dépression, les patientes peuvent se sentir moins stressées et plus aptes à contrôler leurs émotions.

Si ces 2 formes de traitement n’ont aucun effet sur le trouble dysphorique prémenstruel, les patientes peuvent se voir prescrire des médicaments de type antidépresseurs.

Traitement médicamenteux

Pour soigner le TDPM, des antidépresseurs sont prescrits en dernier recours, d'abord pendant la phase prémenstruelle, puis pendant tout le cycle. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont une classe de médicaments qui agit directement sur les neurones. Ils calment les troubles anxieux et les symptômes liés à une dépression, mais ils peuvent présenter des effets indésirables.

Un nouveau traitement ?

En 2020, des chercheurs suédois ont testé un traitement qui se concentre sur les récepteurs de la progestérone, déjà utilisé pour traiter certaines formes d’endométriose. Cette alternative, en phase d’expérimentation, pourrait permettre de réduire considérablement les principaux symptômes du trouble dysphorique prémenstruel. Les résultats de l'étude sont disponibles ici.


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